
CAO · Conception assistée par ordinateur
La CAO, quand le dessin devient un modèle.
Dessiner sur un écran n'a jamais été le sujet. La conception assistée par ordinateur remplace le trait par une description : des formes qui se souviennent de leurs règles, se recalculent, se vérifient et descendent jusqu'à la machine. Histoire, modes de modélisation, surfaces free-form, passage à la matière.
Assisté, ce n'est pas « à la place de »
Tout commence en 1963 au MIT, avec Sketchpad : Ivan Sutherland dessine à même l'écran, au crayon optique, et invente au passage l'idée qui fera toute la discipline — le dessin n'est pas une image, c'est un ensemble d'objets liés par des contraintes. Deux droites peuvent être déclarées parallèles ; elles le resteront quoi qu'il arrive. Soixante ans plus tard, tous les logiciels de CAO vivent encore de cette intuition.
Le reste n'est qu'élargissement. Le plan 2D devient un volume dans les années 1970, avec deux écoles rivales — assembler des primitives (CSG) ou décrire des faces, arêtes et sommets (B-rep). La modélisation paramétrique se généralise à partir de 1987 : la pièce n'est plus un objet figé mais une recette, une suite d'opérations que l'on peut rejouer avec d'autres valeurs. Enfin les surfaces libres, nées chez les carrossiers, ouvrent la porte aux formes qu'aucun compas ne sait tracer.
« Un dessin décrit une pièce.
Un modèle décrit la règle qui la produit. »


« L'écran ne montre pas la pièce :
il montre ce qu'on en sait. »
Six manières de décrire une forme
La même pièce, quatre vérités
Choisir une représentation, c'est choisir ce que l'on pourra faire ensuite : calculer un volume, lisser un reflet, imprimer, usiner. Un maillage se visualise merveilleusement et s'usine mal ; un solide exact s'usine au micron mais se déforme difficilement ; une surface NURBS épouse tout, au prix d'une discipline de continuité.




La surface libre, et la discipline qu'elle impose
Une surface free-form n'a ni axe, ni symétrie, ni rayon unique : elle est définie point par point, par un réseau de points de contrôle — l'héritage des courbes de Bézier et de Casteljau, inventées dans les bureaux d'études automobiles des années 1960 et généralisées par les NURBS. La liberté est totale, et c'est précisément le problème : une surface peut être parfaitement lisse à l'œil et catastrophique à l'usage.
D'où la grammaire de la continuité, qui gouverne le raccord entre deux carreaux : G0, les bords se touchent ; G1, les tangentes s'alignent — le reflet ne casse plus ; G2, les courbures elles-mêmes s'accordent — le reflet glisse sans accident. En optique, rien en dessous de G2 n'est acceptable : une rupture de courbure invisible sur un rendu devient un halo dans l'œil. Concevoir en free-form, c'est donc optimiser : pousser la courbure aussi loin que la fonction l'exige, sans jamais franchir ce que la fabrication et la continuité autorisent.

« En free-form, la forme n'est pas dessinée :
elle est obtenue. »
Le cas de la contactologie est exemplaire. Chez Appenzeller Kontaktlinsen, à Speicher, la lentille sclérale i-SHAPE n'est pas choisie dans un catalogue : l'œil est scanné — de l'ordre de 160 000 points de mesure, répartis sur 72 axes radiaux et 36 coupes — puis la géométrie est calculée par le logiciel, quadrant par quadrant, avant d'être tournée à l'unité dans un matériau de haute perméabilité. Pas de boîte d'essai, pas de « taille approchante » : une surface unique, reproductible à l'identique parce qu'elle est définie par des nombres.

« Un modèle qui ne descend pas
jusqu'à l'outil n'est qu'un dessin. »
La CAO s'arrête, la FAO commence
La chaîne numérique ne s'interrompt plus au tracé. La FAO — fabrication assistée par ordinateur — reprend le modèle, choisit les outils, calcule les passes et écrit le programme que la machine exécutera. Entre les deux, un fichier : c'est lui qui décide si la géométrie arrive intacte ou dégradée à l'atelier.
Vient alors la vraie question, celle que le logiciel ne pose jamais : quelle erreur accepte-t-on ? Un carter s'usine au dixième, une lentille au micron, un moule d'optique en deçà. La tolérance n'habite pas le fichier 3D — elle habite le plan et le contrôle qui suit. Mesurer la pièce, comparer au modèle, corriger le modèle : la boucle est l'endroit où la CAO devient un métier.
Par où commencer, et quoi éviter
Les outils ne manquent pas, du libre au logiciel de bureau d'études. Le choix compte moins que la méthode : nommer ses paramètres, contraindre entièrement ses esquisses, garder l'arbre lisible, et sortir un plan coté — c'est ce qui sépare un fichier réutilisable d'un dessin jetable.
Logiciels cités ou couramment employés : FreeCAD (libre), SolidWorks, CATIA, Inventor, Fusion, Onshape, Rhino pour le surfacique, Blender pour le polygonal. Les images de cette page proviennent de Wikimedia Commons ; les chiffres de l'exemple i-SHAPE sont ceux publiés par Appenzeller Kontaktlinsen. Conception et fabrication de dispositifs médicaux : laboratoires agréés et professionnels de santé, dans le cadre des normes en vigueur.
« L'ordinateur n'a jamais conçu
quoi que ce soit — il tient
la rigueur à notre place. »
Référence :
i-shape.ch — Appenzeller Kontaktlinsen, Speicher
Images : Wikimedia Commons — poste de modélisation (CC BY-SA 4.0) · BRL-CAD (BSD) · Sketchpad (CC0) ·
filaire (CC BY-SA 4.0) · arbre CSG, NURBS, carreau de Bézier, tour CN (CC BY-SA / domaine public)